DIGITALE RADIO VLAANDEREN – 26/07/2023

Description de la publicité

Les spots radio se déroulent ainsi :

Spot 1:
Voix off homme : “Hi, this is Kurt Cobain and if I would have been alive today, I would definitely listen to digital radio. Like why would we even put in all the work if you don’t listen to it in the best quality possible? I mean, it’s 2023. So yeah, switch to DAB+.”
Voix off femme : “Legendes als Kurt Cobain zouden vandaag sowieso kiezen voor digitale radio. Luister ook via DAB+ en ervaar zoveel meer. DAB+ ...”
Voix off homme : “... for the love of sound.”

Spot 2:
Voix off homme : “Hello, I’m Prince and if I would still be around I would love DAB+. I always wanted to be a musician and I pushed as hard as I could so now I want my music to flourish, you know. So please listen to it on digital radio.”
Voix off femme : “Legendes als Prince zouden vandaag sowieso kiezen voor digitale radio. Luister ook via DAB+ en ervaar zoveel meer. DAB+ ...”
Voix off homme : “... for the love of sound.”

Motivation de la plainte

Le plaignant a fait référence à deux spots radio dans lesquels on entend les voix générées par l'intelligence artificielle d'artistes anglophones déjà décédés (Kurt Cobain et Prince). La voix générée (qui semble très convaincante grâce aux progrès actuels de l'intelligence artificielle) parle de l'aspect positif de la radio digitale et, selon lui, donne l'impression qu'il s'agit d'une opinion personnelle.
Pour le plaignant, l'utilisation de l'intelligence artificielle pour imiter la voix de personnes décédées est contraire à l'éthique dans ce contexte. L'annonceur met des mots dans la bouche de personnes décédées. Il est impossible de savoir si ces artistes décédés auraient trouvé la radio digitale positive. Même si ces artistes avaient exprimé cette opinion dans le passé, cela ne donne pas le droit d'imiter leur voix avec de l'IA après leur mort.
Il a également fait valoir qu'à aucun moment l'annonceur n'a pris en compte l'aspect émotionnel. Il est très peu probable que les membres de la famille de ces artistes décédés aient eu connaissance de ce spot radio, qui aurait dû au moins faire l'objet d'un consentement. En outre, l'utilisation irréfléchie de voix générées par l'IA a un impact sur la société selon lui et peut être perçue comme un manque de respect à l'égard des personnes décédées.

Position de l'annonceur

L'annonceur a communiqué que le concept de cette campagne visant à promouvoir la numérisation du paysage radiophonique en Flandre est basé sur la transparence. En tant qu'annonceur, il souhaite communiquer ce message (transparent) de manière humoristique et créative.
Il sait qu'il n'est pas inhabituel d'utiliser des voix connues dans la publicité et que les imitateurs de voix font leur métier de l'utilisation de voix connues. En septembre dernier, par exemple, Elvis a repris vie dans l'émission « America's Got Talent ». Il était clair pour le public que ce n'était pas la personne réelle qui se faisait entendre et que les opinions exprimées n'étaient pas nécessairement celles de la personne en question elle-même. Les spots radio de cette campagne mentionnent aussi explicitement que les artistes décédés ne s'expriment pas eux-mêmes et, en tant qu'annonceur, il est donc transparent quant au message véhiculé.
Il a délibérément décidé de ne pas choisir d'artistes flamands décédés pour cette campagne, car il est conscient de l'impact éventuel sur les proches. Lors de l'élaboration de la campagne, il a également tenu compte de la distance dans le temps et dans l'espace : il s'agit d'artistes américains, Kurt Cobain étant décédé il y a près de 30 ans. Juridiquement, il n'y a pas de restriction à l'utilisation des deux voix.
De plus, selon l'annonceur, le message véhiculé par les deux artistes décédés n'est en aucun cas préjudiciable ou dénigrant à leur égard. Au contraire. Il ne s'agit pas de propos polémiques ni d'un manque de respect.

Décision du Jury

Le Jury a pris connaissance des spots radio en question et de la plainte qui les concerne.

Il a constaté que ces spots imitent les voix de personnes célèbres décédées, dans le cadre d'une campagne promotionnelle pour le DAB+, en faisant notamment parler ces personnes de manière positive sur le produit promu.

Suite à la réponse de l'annonceur, il a entre autres noté que l'annonceur n'a délibérément pas choisi d'artistes flamands décédés pour cette campagne, étant conscient de l'impact éventuel sur les proches, et qu'en outre, lors de l'élaboration de la campagne, il a tenu compte de la distance dans le temps et dans l'espace (il s'agit d'artistes américains, et Kurt Cobain est décédé il y a près de trente ans). L'annonceur a également fait valoir qu'il n'existe pas de restriction légale à l'utilisation des deux voix.

A cet égard, le Jury tient tout d'abord à souligner que les questions juridiques de propriété intellectuelle en tant que telles ne relèvent pas de sa compétence, conformément à son Règlement.

Cela ne l'empêche toutefois pas d'examiner les publicités concernées à la lumière des dispositions générales du Code de la Chambre de Commerce Internationale (Code ICC), en particulier l'article 14 relatif à la représentation ou à l'imitation de personnes, qui stipule entre autres que « la communication commerciale ne doit, ni représenter une personne, ni s’y référer sans son autorisation préalable ».

A cet égard, le Jury est tout d'abord d'avis que les spots concernés comportent bien une telle référence, en mettant dans la bouche des artistes concernés des mots en rapport avec leur (ancienne mais toujours actuelle) activité professionnelle, qui donnent de ce fait du poids au message que l'annonceur souhaite faire passer.

Sur la base des informations dont il dispose, le Jury suppose également que l'annonceur n'a pas eu l'accord préalable des proches des personnes concernées pour ces références à ces dernières dans les spots en question.

Par ailleurs, il est d'avis que cela est d'autant plus problématique dans le cas présent où des personnes décédées sont utilisées de manière crédible et reconnaissable pour diffuser un message commercial qu'elles n'auraient pas nécessairement soutenu. Le Jury constate également que l'annonceur lui-même semble être conscient que l'utilisation de personnes décédées dans ce cas est très sensible, puisqu'il affirme ne pas avoir utilisé intentionnellement des Flamands célèbres décédés, mais il est d'avis qu'en l'espèce, étant donné l'intention et le fonctionnement des spots en question, il en va de même pour les artistes américains décédés concernés.

Il estime dès lors que les spots en question contreviennent tant à l'article 14 du code ICC qu'à l'article 1, alinéa 2, du code ICC relatif à la responsabilité sociale.

Compte tenu de ce qui précède et sur la base des dispositions susmentionnées, le Jury a donc demandé à l'annonceur de modifier les spots radio en question et, à défaut, de ne plus les diffuser.

L'annonceur a interjeté appel de la décision du Jury de première instance.

Appel

Position annonceur en appel

En ce qui concerne l'article 14 du Code ICC, l'annonceur a fait valoir en appel que le but de cette disposition est d'empêcher les annonceurs de semer la confusion et d'éviter qu'ils ne profitent gratuitement de la notoriété d'une personne pour promouvoir leurs propres produits ou services. Cette interdiction ne contient aucune référence aux personnes décédées. Selon lui, la question se pose donc de savoir jusqu'où s'étend cette interdiction. Un annonceur peut-il laisser Amadeus Mozart - également « musicien » ! - dire quelque chose dans son spot radio ? Ou Marilyn Monroe ? Ou, plus près de nous, le roi Baudouin ? Le Jury jugerait-il également qu'il aurait fallu obtenir l'autorisation de leurs proches ? Il estime que le but n'a jamais pu être une interdiction absolue.
L'annonceur estime notamment que l'esprit de cette interdiction ne va pas jusqu'à inclure le cas de personnes (1) décédées depuis longtemps et (2) dont les droits de la personnalité et la réputation sont pleinement respectés.
Le spot radio met en avant le DAB+, la technologie qui permet d'écouter la radio numérique. Le spot radio utilise l'IA pour faire revivre virtuellement les stars du rock Kurt Cobain et Prince, décédés respectivement en 1994 et 2016, et qui étaient parmi les figures les plus connues du monde de la musique de leur vivant et après leur mort. Selon l'annonceur, il est inconcevable que les auditeurs puissent douter que le spot radio contient les vraies voix et les vraies citations de ces messieurs. Par conséquent, il ne peut raisonnablement être question de caractère trompeur. Il s'agit d'icônes de l'histoire du rock mondial, chaque auditeur sait que ces messieurs sont décédés et que, de leur vivant, ils n'auraient jamais rien dit au sujet du DAB+ flamand relativement nouveau. En outre, le spot indique très clairement que les personnes décédées n'ont en aucune façon collaboré à ce spot, si tant est qu'il y ait un doute raisonnable à ce sujet : « Hi, this is Kurt Cobain and if I would have been alive today (...) » et « Hello, I'm Prince and if I would be still around (...) ».
Alors que le Jury voit dans le fait que les légendes flamandes du rock n'ont délibérément pas été choisies la preuve qu'il était bien conscient du caractère délicat de l'utilisation de ces voix, l'annonceur a indiqué qu'il s'agissait bien d'un choix conscient : le spot radio n'était destiné et écouté que par des auditeurs flamands. Ce choix était précisément motivé par le souci de respecter les droits des proches de ces compatriotes. Par conséquent, il n'est pas raisonnable d'appliquer la même norme à des personnes décédées à l'autre bout du monde depuis de nombreuses années qu'à des personnes vivant encore ici. Leur personnalité, leur réputation, leur intégrité et leur vie privée ont été pleinement respectées.

En ce qui concerne l'infraction à l'article 1 alinéa 2 du Code ICC retenue par le Jury en première instance, l'annonceur a ensuite communiqué que nous n'en sommes qu'au début de la technologie de l'IA et que son potentiel sera de plus en plus exploité par les spécialistes du marketing. Ce faisant, il sera toujours crucial de ne pas induire les consommateurs en erreur quant au rôle que joue ou ne joue pas l'IA dans le message publicitaire délivré. Le spot radio dont il est question ici dit littéralement que les déclarations ne sont pas réelles. Selon lui, c'est on ne peut plus clair. Comme expliqué, aucune confusion n'est créée dans le chef de l'auditeur. Il n'est donc pas question de concurrence déloyale ou de manque de sens des responsabilités.
En outre, il n'y a pas non plus de message controversé. Le spot fait la promotion de la radio numérique. On peut comparer cela à un message promouvant l'utilisation des médias numériques à la place des médias papier, par exemple. Cela ne porte pas atteinte à l'intégrité des deux célèbres stars du rock. Il est concevable que le fait d'évoquer d'autres personnes décédées pour promouvoir un produit ou un service particulier soit jugé inadmissible, mais chaque situation et chaque publicité doivent être évaluées au cas par cas.
Par conséquent, pour ces spots radio particuliers, l'annonceur ne voit pas en quoi ils seraient contraires à l'éthique ou irresponsables.

Défense plaignant en appel

En ce qui concerne l'article 14 du Code ICC, le plaignant en appel estime que l'annonceur fait une interprétation délibérément erronée de l'article. L'annonceur cite des exemples tels qu'Amadeus Mozart, Marilyn Monroe ou le roi Baudouin pour montrer qu'il ne devrait pas obtenir l'autorisation des proches lorsqu'il s'agit d'imiter des personnes décédées il y a longtemps.
Or, la comparaison de l'annonceur avec Amadeus Mozart, décédé en 1791, est absurde selon le plaignant, puisqu'il s'agit de messieurs décédés en 1994 et 2016. Il s'agit donc de parents au premier degré qui sont encore en vie.
L'annonceur tente ici de nous convaincre que la voix d'une personne décédée depuis « longtemps » peut donc être utilisée sans l'accord des proches, parce qu'on serait « respectueux » dans l'imitation. On peut toutefois faire un parallèle avec la législation sur le droit à l'image, où il est également interdit d'utiliser des images de personnes décédées sans le consentement de leurs proches. Le plaignant estime que des mesures encore plus strictes devraient être prises dans cette situation, car il ne s'agit pas d'images réalisées du vivant de la personne en question, mais de conversations totalement nouvelles qui n'ont jamais existé.
Selon lui, l'article 14 ne peut pas avoir pour but de permettre à tout annonceur d'utiliser la voix d'une personne décédée après un certain temps. Dans le cas contraire, les annonceurs produiraient simplement des voix de personnes décédées afin de ne pas avoir à demander l'autorisation à des personnes vivantes ou de ne pas avoir à payer des personnes vivantes pour un spot radio.
Il est également affirmé qu'il ne fait aucun doute que le défunt n'a pas participé au spot, étant donné que la voix générée de M. Cobain dit “if I would have been alive today”. Quiconque connaît M. Cobain sait également qu'il s'est suicidé. Prince est également décédé de manière tragique. Le plaignant estime qu'il est contraire à l'éthique d'imiter leurs voix et de faire ensuite spécifiquement référence au fait qu'ils ne sont plus en vie, mais que s'ils avaient été en vie, ils auraient recommandé la radio numérique. Il imagine qu'il y a beaucoup d'autres choses que ces messieurs feraient s'ils étaient vivants. Le fait que l'annonceur utilise la voix d'une personne qui s'est suicidée est particulièrement choquant du point de vue d'un citoyen moyen. Cette personne a elle-même choisi de mettre fin à sa vie.
L'annonceur abuse en fait de la mémoire de personnes qui avaient besoin d'aide. Selon lui, lorsque le public entend un tel spot radio, sa première pensée n'est pas que le DAB+ est un bon produit. Toutes les personnes avec lesquelles il s'est entretenu à ce sujet se sont senties mal à l'aise à cause de l'utilisation de ces voix dans un spot radio. Il lui semble donc que le spot radio ne produit pas l'effet escompté.
L'affirmation de l'annonceur selon laquelle il n'a pas choisi d'artistes flamands parce qu'il a tenu compte des proches montre qu'il a délibérément choisi des artistes étrangers parce qu'il y aurait moins de risques qu'une plainte soit déposée à ce sujet. L'annonceur tente ici de nous convaincre qu'il n'est pas raisonnable de faire preuve du même respect à l'égard des personnes étrangères. Cependant, l'article ne fait pas de distinction sur la base de la nationalité. Il faut obtenir une autorisation quelle que soit la nationalité ou le lieu de résidence de la personne. Il se demande si l'annonceur serait d'accord pour qu'une radio américaine utilise une voix générée de Yasmine, qui s'est suicidée en 2009.

En ce qui concerne l'article 1, alinéa 2 du Code ICC, il est clair pour le plaignant que l'annonceur n'a pas préparé les spots en question avec un juste sens de la responsabilité sociale et professionnelle.
En effet, il utilise l'IA d'une manière controversée en générant des voix de personnes qui ne peuvent en aucune manière s'expliquer ou se défendre et pour lesquelles aucun consentement n'a été demandé.
Là où l'annonceur pense qu'il ne peut y avoir de confusion, le plaignant et son entourage constatent qu'il peut y en avoir. Sur Qmusic, les artistes enregistrent souvent un spot pour informer les auditeurs qu'ils écoutent Qmusic. À cause des spots radio de l'annonceur, le plaignant et son entourage ont déjà commencé à douter de l'authenticité d'autres voix d'artistes étrangers vivants, même si, pour l'instant, on peut encore les reconnaître à certaines intonations. Dès qu'on utilise une fausse voix, on crée un environnement dans lequel les gens commencent à se méfier. Cela porte préjudice à la société, y compris aux chaînes radio et aux autres annonceurs.
Dans notre société, il est également important de respecter les personnes décédées. Pour les croyants comme pour les non-croyants, la mort est un sujet sensible. Bien que des images ou des fragments de voix du passé puissent encore être utilisés après la mort d'une personne si l'autorisation nécessaire est obtenue, cela n'est pas comparable à la situation actuelle où l'on crée un fragment entièrement nouveau qui n'a jamais réellement existé. Générer une voix après la mort est douloureux non seulement pour la famille, mais aussi pour la société.
À l'ère de la désinformation, le plaignant estime qu'il est important que les annonceurs donnent un bon exemple. Si l'annonceur est autorisé à continuer à diffuser ces spots, cela envoie un signal aux autres annonceurs qu'ils peuvent eux aussi utiliser l'IA pour faire prononcer des textes qui n'ont jamais été réels. Le public perdra confiance dans les annonceurs. Il est convaincu qu'il est possible de réaliser un spot radio avec l'IA qui soit positif et qui ne viole pas les articles du code ICC. Cependant, la publicité doit rester amusante et responsable, tant pour les annonceurs que pour les auditeurs, et l'imitation de voix de personnes décédées va pour lui un pas trop loin.

Décision Jury d’appel

Le Jury d'appel a pris connaissance du contenu des spots radio en question et de tous les éléments et points de vue communiqués dans ce dossier.

Il a constaté que ces spots imitent les voix de deux personnes célèbres décédées, dans le cadre d'une campagne de promotion du DAB+, en les faisant notamment s'exprimer positivement sur le produit promu.

A cet égard, le Jury tient tout d'abord à souligner une fois de plus que les questions juridiques relatives à la propriété intellectuelle en tant que telles ne relèvent pas de sa compétence, conformément à son Règlement.

En ce qui concerne les dispositions d'autorégulation retenues par le Jury de première instance, qui sont en cause dans la présente procédure d'appel, le Jury d'appel tient également à souligner qu'il doit toujours statuer au cas par cas, en tenant compte de tous les éléments concrets de l'affaire et donc de la spécificité de chaque cas. Sa décision sur les publicités en question, comme celle du Jury de première instance, ne peut donc pas être interprétée comme une sorte de jugement sur l'utilisation de l'intelligence artificielle dans la publicité en général.

Or, en l'espèce, en ce qui concerne l'article 14 du Code de la Chambre de Commerce Internationale (Code ICC) - qui prévoit que « la communication commerciale ne doit, ni représenter une personne, ni s’y référer sans son autorisation préalable, qu’elle soit prise dans ses activités publiques ou privées » - le Jury d'appel est d'avis que les spots radio concernés sont contraires à cette disposition.

En effet, il a pris note du fait qu'il s'agit d'artistes connus décédés relativement récemment, avec des parents survivants avec un proche lien de parenté, de sorte qu'il est difficile de soutenir qu'il s'agit de personnages historiques. Sur la base des informations dont il dispose - en particulier les informations fournies par l'annonceur, y compris par exemple, son argument en appel selon lequel l'article 14 du Code ICC ne s'applique pas en l'espèce et qu'aucune exigence de consentement ne s'applique donc - le Jury doit supposer que l'annonceur n'a pas obtenu le consentement de ces proches pour faire référence aux personnes concernées dans les spots litigieux.

Compte tenu de la manière dont il est fait référence aux artistes en question en l'espèce, il est également d'avis, à l'instar du Jury de première instance, qu'on met dans leur bouche des mots élogieux qui sont liés de manière crédible à leur profession (ancienne mais toujours actuelle) et qui peuvent donc influencer les consommateurs quant à la force de persuasion du message que l'annonceur souhaite faire passer. Le simple fait d'ajouter, respectivement, « if I would have been alive today “ / ” if I would still be around » dans ces spots radio n'est pas, selon lui, de nature à y déroger.
Ainsi, pour reprendre les termes de l'annonceur, le Jury estime que la publicité « surfe » bel et bien sur la notoriété de ces personnes pour faire la promotion de ses propres produits ou services d'une manière visée par la disposition concernée.

Ce faisant, le Jury ne peut s'empêcher de relever que l'annonceur lui-même a déclaré en appel que les légendes flamandes du rock n'ont délibérément pas été choisies par souci de respecter les droits des proches de ces compatriotes. Toutefois, selon le Jury, cette considération ne préjuge pas, en l'espèce, de l'applicabilité de l'article 14 du Code ICC, mais confirme plutôt que l'utilisation des voix dans les spots radio en cause est problématique.

Par ailleurs, en ce qui concerne la norme ouverte de l'article 1, alinéa 2 du Code ICC sur le fait d'agir avec un juste sens de la responsabilité sociale et professionnelle, le Jury considère, dans le contexte des spots radio en cause, qu'il y a violation de cette disposition.

Il est notamment d'avis qu'il est d'autant plus problématique qu'en l'espèce sont générées les voix de personnes toutes deux décédées dans des circonstances tragiques, en évoquant de manière très affirmative ce qu'elles auraient pensé ou fait si elles avaient été encore en vie, et qui ne peuvent en aucune manière s'expliquer ou se défendre et pour lesquelles, rappelons-le, aucun consentement n'a été sollicité auprès de leurs proches.

Il a dès lors estimé qu'ici, contrairement à ce que laisse entendre l'annonceur, il est effectivement porté atteinte à l'intégrité des personnes concernées, ce qui va à l'encontre d’un juste sens de la responsabilité.

Le Jury d'appel a dès lors estimé que les spots radio en question violent à la fois l'article 14 et l'article 1, alinéa 2 du Code ICC.

Le Jury d'appel a donc déclaré l'appel non fondé et a confirmé la décision du Jury de première instance.

Il a donc demandé à l'annonceur de modifier la publicité concernée et, à défaut, de ne plus la diffuser.

Suite

La décision du Jury d'appel est définitive.

L'annonceur a confirmé qu'il se conformera à la décision du Jury.

Annonceur:DIGITALE RADIO VLAANDEREN
Produit/Service:DAB+
Média:Radio
Initiative:Consommateur
Date de clôture: 26/07/2023