GAIA – 27/03/2024

Description de la publicité

Le spot radio se déroule comme suit :
(bruit de couteaux)
Voix off : « Vous allez entendre l’agonie d’un mouton non étourdi dont la gorge est tranchée. Dès maintenant. »
(bruits de fond)
Voix off : « Vous n’avez pas entendu de cris. C’est vrai, car leurs cordes vocales sont également tranchées à vif. Chaque année, des dizaines de milliers d’animaux agonisent silencieusement. Et pourtant Bruxelles reste sourde. Faisons entendre leur voix sur gaia.be. ».

Motivation de la plainte

1) Selon la plaignante, il s’agit d’informations incomplètes et d’un extrait sonore choquant. Cela implique que certaines pratiques religieuses n’ont pas leur place dans ce pays (« Bruxelles reste sourde »). Pour elle, le spot est conçu de manière trop choquante pour être diffusé à la radio.

2) Le plaignant soutient que le contenu crée une fin de spot très effrayante pour les enfants. Il considère qu’un tel sentiment d’horreur n’est pas acceptable pour les enfants.

3) La plaignante juge le vocabulaire utilisé très explicite (« égorgement »). Les sons qui suivent ne laissent également rien à l’imagination et elle a été écœurée par ce spot radio. Elle comprend qu’ils veulent faire passer un message mais, selon elle, celui-ci est présenté de manière très crue et brutale. Elle estime que ce langage n’est pas approprié pour une chaîne de radio écoutée également par des enfants, que ce soit en voiture, en ligne ou dans tout espace public. Non seulement pour les enfants, mais aussi pour les adultes, cette publicité peut constituer un déclencheur. Elle considère qu’il est possible de transmettre ce message de manière plus douce.

4) La plaignante a trouvé le spot déjà assez choquant en tant qu’adulte, mais sa petite-fille se trouvait également à proximité et était bouleversée. Elle estime que ce n’est pas correct de diffuser un message sur l’abattage rituel de manière aussi publique. Nous subissons déjà tant de souffrances via les actualités et les réseaux sociaux, et elle se demande si cela doit désormais passer aussi par la publicité.

5) La plaignante estime que cette publicité n’est pas destinée à être entendue par des enfants. Elle juge également inapproprié de reproduire cela vis-à-vis des personnes ayant vécu la guerre, chez qui de tels faits se sont également produits.

6) Le plaignant fait valoir que cette publicité radio, diffusée à plusieurs reprises au cours de la journée, fait entendre un son très explicite de cartilage qui se brise et de sang qui gicle.
Il soutient plusieurs positions de GAIA, mais il juge cette publicité de très mauvais goût et totalement inappropriée pour diverses raisons :
- L’effet sonore choquant vise à dégoûter le public de l’abattage sans étourdissement. Cependant, les enfants ne peuvent pas suffisamment mettre cela en perspective et en sont très impressionnés.
- Il s’agit d’une publicité radio. L’auditeur est donc presque obligé de la remarquer, et l’annonceur décide pour tous les autres qu’ils doivent subir ce son. Les parents d’enfants ayant déjà vécu une expérience traumatisante ont à peine la possibilité de les en protéger. Chez les adultes également, le son peut provoquer cet effet déclencheur
- Que l’agneau soit abattu avec ou sans étourdissement, le son produit est exactement le même. On pourrait donc dire que cette campagne manque son objectif. Il se demande si l’agenda caché n’est pas en réalité d’inciter les gens à ne plus manger de viande du tout. Selon lui, cet objectif ne justifie en aucun cas l’effet de choc produit.

En application de l’article 5, paragraphe 5 du Règlement du Jury, plusieurs plaintes supplémentaires de même nature n’ont pas été traitées séparément. Au total, le Jury a reçu 13 plaintes concernant la publicité en question.

Position de l'annonceur

L’annonceur communique que la campagne vise à sensibiliser le grand public à l’absence d’interdiction de l’abattage sans étourdissement dans la Région de Bruxelles-Capitale. Cette campagne repose sur :
- Des données factuelles : divers rapports parlementaires et des statistiques d’abattoirs montrent que l’abattage sans étourdissement est pratiqué ;
- Des arrêts de la Cour Constitutionnelle belge (2021), de la Cour de Justice de l’Union européenne (2020) et de la Cour européenne des droits de l’homme (2024), qui confirment qu’une interdiction de l’abattage sans étourdissement ne constitue pas une violation de la liberté de religion et n’est pas discriminatoire ;
- Divers sondages d’opinion, dont le plus récent (Ipsos, 2024), montrant qu’une large majorité des citoyens bruxellois (76%) sont favorables à une interdiction de l’abattage sans étourdissement ou ne s’y opposent pas ;
- De nombreux avis scientifiques, faisant l’objet d’un consensus, notamment ceux de la Federation of Veterinarians of Europe et de l’Union Professionnelle Vétérinaire, considèrent que l’abattage sans étourdissement est « inacceptable ». Des études scientifiques montrent que cette pratique provoque une douleur intense et prolongée, pouvant aller jusqu’à 14 minutes d’agonie pour certaines espèces animales.
Selon lui, la campagne a donc pour but d’informer les citoyens sur des faits et pratiques dont la science confirme qu’ils causent de la souffrance.
L’annonceur ajoute qu’il est clairement identifiable dans tous les médias.
Plus spécifiquement concernant le spot radio, il précise enfin qu’il décrit un animal abattu sans avoir été préalablement étourdi. Son intention est d’informer le public sur la souffrance causée par l’absence d’étourdissement.

Décision du Jury

Le Jury a pris connaissance du spot radio en question et des plaintes qui s'y rapportent.

Il a tout d'abord souligné qu'il se limite à l'examen du contenu de la campagne, sans se prononcer sur le débat relatif à l'abattage sans étourdissement, qui ne relève pas de sa compétence.

Le Jury a ensuite examiné la campagne à la lumière des Règles du JEP relatives à la publicité non commerciale.

Suite à la réponse de l'annonceur, il a notamment noté que sa campagne a pour objectif de sensibiliser le grand public à l'absence d'interdiction de l'abattage sans étourdissement dans la Région de Bruxelles-Capitale et d'informer sur la souffrance causée par l'absence d'étourdissement, le tout étant appuyé par des rapports parlementaires et des statistiques des abattoirs, des arrêts rendus par des cours supérieures, des sondages d'opinion et des avis scientifiques.

Le Jury est d’avis que ce message de l'annonceur ressort clairement du spot en question.

Il est également d’avis que la bande sonore utilisée présente un lien direct et est proportionnée au message que l'annonceur souhaite faire passer.

Le Jury estime donc que le spot en question n'est pas contraire aux Règles du JEP en matière de publicité non commerciale et ne témoigne pas non plus d'un manque d'un juste sens de la responsabilité sociale de la part de l'annonceur.

Il estime également que la publicité en question n'est pas de nature à causer un préjudice moral ou psychologique aux enfants, aux jeunes ou aux adultes, ni à dénigrer un groupe de personnes.

A défaut d’infractions aux dispositions légales ou autodisciplinaires, le Jury a estimé n’avoir pas de remarques à formuler sur ces points.

Annonceur:GAIA
Produit/Service:Campagne contre l’abattage sans étourdissement
Média:Radio
Initiative:Consommateur
Type de décision:Pas de remarques
Date de clôture: 27/03/2024