GAMP - 25/02/2015

Annonceur: 
GAMP
Produit/Service: 
GAMP
Média: 
Quotidien
Magazine
Critères d'examen: 
Loyauté
Responsabilité sociale
Initiative: 
Consommateur
Catégorie: 
Autres biens et services
Type de décision: 
Pas de remarque
Date de clôture: 
Mercredi, 25 février 2015
Description de la publicité

La campagne se décline en trois annonces où figurent trois phrases différentes associées à un objet symbolisant chaque phrase, et suivies par un bodytext similaire:

« Faudra-t-il que je tue mon fils avant de mourir ?
Cette question, le père d’une personne handicapée mentale de grande dépendance se la pose vraiment tous les jours. Avec la peur au ventre que son enfant ne soit pas pris en charge dignement s’il venait à disparaître. »

« Maintenant, je m’enferme à clé pendant qu’il casse tout à côté.
Cette situation, la mère d’une personne handicapée mentale de grande dépendance la vit vraiment tous les jours. Avec la peur au ventre que son enfant la blesse et ne se blesse dans son excès de colère. »

« Tous les jours j’attache ma fille à une chaise.
Cette situation, la mère d’une personne handicapée mentale de grande dépendance la vit vraiment tous les jours, parce qu’elle n’a pas d’autre choix. Parce que personne d’autre qu’elle ne peut la surveiller pendant qu’elle part faire des courses. »

Ensuite:
« Si cette histoire se retrouve sous vos yeux, froidement au milieu de votre lecture, c’est parce que des milliers de parents affectés dans leur vie quotidienne n’ont trouvé aucun autre moyen pour se faire entendre. Quitte à mettre de côté leur pudeur, leur triste intimité et leurs idées les plus sombres. Aujourd’hui, la plupart des personnes handicapées de grande dépendance sont prises en charge principalement par leurs parents ou leurs proches en Belgique francophone. Les aides font cruellement défaut et les services restent insuffisants ou inadaptés, malgré les nombreux appels de détresse répétés. Le GAMP, Groupe d’Action qui dénonce le Manque de Place pour les personnes handicapées de grande dépendance, a besoin de votre soutien et de votre voix pour rappeler aux responsables en charge de ces matières que des solutions doivent impérativement être mises en œuvre sans attendre. Il y a urgence.
Signez la pétition sur www.ausecours.be et faites un don sur le compte BE25 0015 2490 6482 (BIC GEBABEBB). »

Motivation de la plainte

Le plaignant trouve cette campagne scandaleusement mensongère et juste destinée à récolter des fonds pour un projet certes bien emballé au niveau du marketing mais qui ne respecte en rien la dignité des personnes handicapées, ni la convention ONU du droit des personnes handicapées. Dire que "rien" n'existe est vraiment outrancier. Ne pas distinguer la région ni à quelle action on destine les fonds n'est pas non plus correct.

Ce genre d'action peut uniquement provoquer des drames et accentuer l'incompréhension de la société.


Position de l'annonceur

L’annonceur a communiqué que les trois phrases sont des appels de détresse qui racontent un parcours de souffrance, de rejet, d’abandon. Des milliers de parents affectés dans leur vie quotidienne n’ont trouvé aucun autre moyen pour se faire entendre que celui de confier à l’annonceur leur vécu, leurs mots à eux, qu’il n’a pas voulu édulcorer. C’est la raison d’être du GAMP que de porter la parole de ceux qui n’y ont pas accès.

L’annonceur a ensuite répondu point par point aux différents éléments de la plainte.

1) Toute cette campagne est scandaleusement mensongère.

Comme expliqué dans le bodytext de chaque image, les phrases de la campagne viennent de parents de personnes handicapées de grande dépendance, qui sont prêts à témoigner.
La Belgique a été condamnée par le Comité Européen des Droits Sociaux en juillet 2013 pour carence de solutions d’accueil pour les personnes adultes handicapées de grande dépendance.
La réclamation collective portée par la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme au nom d’une vingtaine d’associations belges contenait de nombreux témoignages de familles.

La campagne n’est donc pas mensongère mais relate une situation connue et admise par le monde politique, contraint par une résolution du Conseil des Ministres européen de mettre en place des plans « grande dépendance ». La campagne veut faire pression sur le monde politique pour que ces plans soient implémentés par les gouvernements de la nouvelle législature.

2) La campagne est juste destinée à récolter des fonds pour un projet qui ne respecte en rien la dignité des personnes handicapée, ni la convention ONU du droit des personnes handicapées.

La campagne est avant tout destinée à sensibiliser le grand public et à faire signer une pétition. La récolte de fonds reste accessoire. La destination des dons éventuels récoltés est précisée sur le site de l’annonceur repris dans les annonces.
Les dons seront destinés aux projets suivants mis en place dès fin février 2015:
- formation des aidantes familiales et garde-malades en collaboration avec l’association APEDEF,
- formations aux bonnes pratiques recommandées par les rapports du KCE et du CSS pour la prise en charge des enfants autistes,
- renforcer le service social d’aide aux parents.

Ces projets respectent la dignité des personnes handicapées et les principes de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées car ils permettent aussi bien aux personnes handicapées qu’à leurs familles de mieux s’intégrer dans la société, de ne pas rester isolées et de prévenir le surhandicap éducatif.

3) Dire que "rien" n'existe est vraiment outrancier.

L’annonceur souligne que c’est faux, qu’il ne l’a jamais dit. Au contraire, le bodytext des annonces admet que des services existent mais qu’ils sont insuffisants en nombre.

4) Ne pas distinguer la région ni à quelle action on destine les fonds n'est pas non plus correct.

L’annonceur souligne que c’est faux. Le bodytext des annonces spécifie clairement qu’il vise la Belgique francophone. Quiconque souhaitait verser un don pouvait visiter le site pour y trouver les informations utiles.

5) Ce genre d'action peut uniquement provoquer des drames et accentuer l'incompréhension de la société.

La campagne révèle au grand public une réalité dramatique mais encore fort méconnue. Les familles concernées se sentent enfin reconnues dans leur souffrance et épaulées dans leurs demandes de services adaptés auprès des autorités compétentes (d’où la pétition).
L’annonceur pense au contraire que cette campagne a permis à nombre de parents concernés de relativiser leur vécu par le fait-même de le voir écrit. Ces parents se sont reconnus dans ces phrases et leur parole s’est libérée, comme en attestent les témoignages recueillis sur Facebook.

En conclusion, cette plainte apparait injustifiée et calomnieuse à l’annonceur. Elle semble ignorer tout le travail de terrain de nombreuses années fourni par le GAMP et l’approbation que lui apportent les familles concernées.

Décision du Jury

Le Jury a constaté que la campagne se décline en trois annonces où figurent les phrases suivantes associées à un objet symbolisant chaque phrase: « Faudra-t-il que je tue mon fils avant de mourir ? », « Maintenant, je m’enferme à clé pendant qu’il casse tout à côté. » et « Tous les jours j’attache ma fille à une chaise. ».

Ces phrases sont chaque fois suivies d’un texte similaire soulignant le fait que cette question ou cette situation, les parents d’une personne handicapée mentale de grande dépendance se la posent et la vivent tous les jours, avec la peur au ventre.

Des informations suivent par rapport à la problématique du manque de places pour les personnes handicapées de grande dépendance, ainsi qu’un appel aux voix et au soutien.

Le Jury a noté que l’annonceur a choisi de reprendre des phrases provenant de parents concernés et que les annonces reflètent une réalité que l’annonceur tend à dénoncer pour mettre le monde politique devant ses responsabilités.

En ce qui concerne la récolte de fonds, le Jury est d’avis que le site de l’annonceur mentionné sur les annonces précise suffisamment clairement les projets auxquels les dons sont destinés.

En ce qui concerne le manque de places pour les personnes handicapées de grande dépendance, le Jury est d’avis que les annonces ne disent pas qu’aucune aide n’existe mais qu’elles soulignent le caractère insuffisant des service existants. Il est également specifié suffisamment clairement qu’elles visent la Belgique francophone.

Le Jury a dès lors estimé que les annonces ne sont pas de nature à induire le lecteur en erreur sur ces points.

Par ailleurs, le Jury est d’avis que les annonces contiennent des phrases interpellantes qui mettent le public devant une certaine réalité.

Le Jury a estimé que, en évoquant clairement le contexte dans lequel ces phrases se situent, les annonces n’exploitent pas de manière injustifiée des sentiments de souffrance et ne portent pas atteinte à la dignité humaine.

Compte tenu de cette contextualisation, le Jury a également estimé qu’elles ne font pas preuve d’un manque de juste sens de la responsabilité sociale dans le chef de l’annonceur.

A défaut d’infractions aux dispositions légales ou autodisciplinaires, le Jury a estimé n’avoir pas de remarques à formuler sur ces points.

Suite

A défaut d’appel, ce dossier a été clôturé.